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Théodore |
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Biographie
d’une fenêtre
Perdue
à des hauteurs que les hommes négligent Je vis
sous le soleil, la pluie et le vent Depuis
un siècle ou deux mon horizon se fige Depuis
qu’on m’a posée si loin des braves gens. Je
suis une fenêtre à la proue de mansardes Alignée
pour toujours auprès de mes jumelles Quand
le soleil s’épuise, c’est par moi qu’on regarde Eclater
ses couleurs sur la courbe du ciel. J’ai vu
passer la vie de tant de locataires Des
couples d’amoureux et des vieux esseulés J’ai
même aidé la fin d’un huissier suicidaire Il s’est jeté de moi et s’est mis à voler * Il y a
bien longtemps une jeune personne S’abritait
souvent nue derrière mes rideaux Quand
je sentais ses doigts glisser sur ma crémone Je
résistais par jeu, me bloquais pour de faux
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Hélas,
elle s’est lassée de ces joies rustiques Elle a
fait ses valises pour un quartier pimpant Elle
fréquente aujourd’hui des fenêtres en plastique Qui
s’ouvrent et qui se ferment électroniquement J’apporte
à mes amis la lumière qui manque Une
vue imprenable et le parfum de l’air Je
donne des spectacles et comme un saltimbanque On me
paye souvent à coups de lance-pierres. Vous qui
déambulez le nez dans vos godasses Grommelant
que la ville est triste ou vous énerve Levez
le front au ciel, voyez ce qui s’y passe Discrètement des yeux se penchent et vous observent. * Quand
je pense à ma vie au dessus de vos têtes Je
voudrais la refaire un peu plus près de vous : Un
petit soupirail, ça pourrait être chouette De
voir enfin les femmes en dessous du genou. Je
suis une fenêtre à la proue de mansardes Alignée
pour toujours auprès de mes jumelles Quand
le soleil s’épuise, c’est par moi qu’on regarde Eclater
ses couleurs sur la courbe du ciel. |
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